06.10.2015

Interview JD Chamboredon dans Décideurs&DealMakers

Le Private Equity dans le digital

Décideurs. Aujourd’hui, selon les acteurs interrogés, la distinction faite entre venture capital et private equity varie. Quel est pour vous le point de rupture entre ces deux activités ?

Jean-David Chamboredon. La frontière naturelle entre le capital-risque et le capital-développement est que la première activité vise à financer des pertes tandis que la seconde soutient des business profitables ou breakeven. Par définition, les besoins ne sont pas les mêmes et les techniques financières associées différentes. En venture, il y a très peu de dette et de rachat d’actions alors qu’en développement/LBO, il y a potentiellement du levier, des cessions en secondaire et un moindre besoin de syndication entre différents acteurs.

Décideurs. Fait rare dans le monde français du private equity, Isai assure la double couverture des activités risque et développement. Pourquoi avoir choisi ce modèle ?

J.-D. C. Historiquement, Isai est un fonds de capital-risque. Néanmoins, nous nous sommes vite aperçus que les gens du private equity ne comprenaient pas très bien le digital et étaient un peu réticents à investir dans ce secteur. S’ils regardaient les plates-formes d’e-commerce, des projets plus technologiques essentiellement basés sur des modèles internet les mettaient mal à l’aise. Par conséquent, pour les petites capitalisations digitales candidates à une opération de capital développement ou de LBO, Isai a décidé de créer une structure capable d’accompagner ces sociétés. C’est un positionnement de niche que peu d’acteurs de la place sont capables d’adopter. Labelium, Sublime Skinz ou encore Digitaleo en bénéficient.

Décideurs. Au final, vous offrez aussi la possibilité aux entrepreneurs de réaliser un OBO sur leur entreprise ?

J.-D. C. Exactement, dans le small-cap digital, Isai est l’un des rares fonds en mesure d’accompagner un/des dirigeant(s)-fondateur(s) dans le cadre d’un Owner buy out (OBO). À travers cette opération, le management-fondateur reste aux commandes de son entreprise tout en laissant un sponsor entrer au capital afin de rendre une partie de sa participation liquide. Pour le fondateur, l’OBO est une vraie alternative à une petite introduction en Bourse notamment. Ce type de transaction gagne à être connue des entrepreneurs du Web.

Décideurs. Accel Partners et KKR viennent de remettre au pot pour leur dernier fonds dédié à la tech américaine. Est-ce qu’une alliance VC/PE est envisageable et souhaitable en France ?

J.-D. C. C’est intéressant. En ce moment, un acteur adopte une posture novatrice sur la scène du capital- investissement hexagonale : Eurazeo. Importante holding dans le coté et le noncoté, ils développent activement une activité de late stage venture puisqu’ils viennent de « closer » les deals Prêt d’union, Vestiaire Collective et PeopleDoc. Isai a rencontré pas mal de fonds LBO qui réfléchissent à la création d’une activité de tech growth, ce qui est logique au vu de la création de valeur potentielle, mais compliqué en pratique en raison d’un nombre limité de deals de taille significative en France voire en Europe. Mais il est vrai qu’on pourrait très bien imaginer des JV entre fonds de VC et fonds de PE pour déployer de l’argent dans le mid-cap digital.





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